Sri Lanka (LTTE)

Sri Lanka : Pas de justice pour les travailleurs humanitaires (le mardi 4 août 2009)

Sri Lanka : Pas de justice pour les travailleurs humanitaires PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Raphaël Moran   
Mardi, 04 Août 2009 12:52
C'était le 4 août 2006. Le meurtre de 17 employés d’Action contre la faim n’a toujours pas été élucidé. L’ONG dénonce une enquête qui piétine. Trois ans jour pour jour et toujours rien. Le "crime le plus grave contre une ONG", comme le qualifie Action contre la faim (ACF) n’a pas encore été élucidé. La justice du Sri Lanka tarde à faire la lumière sur le meurtre de 17 employés de l'ONG dans l'est de l'île.

Retour sur les faits: le 4 août 2006, l’ONG perd le contact avec ses employés locaux présents dans la ville de Muttur, à l’est du Sri Lanka, où sévissent des combats meurtriers entre les rebelles des Tigres Tamouls et l’armée sri lankaise.

Deux jours plus tard, des humanitaires parviennent finalement à entrer dans Muttur et découvrent l’horreur : 17 employés tamouls d’ACF tués par balle. Leurs corps sont face contre terre, dans l’enceinte des locaux de l’organisation humanitaire.

"Quand un événement comme celui-ci frappe des collègues, c'est la communauté humanitaire toute entière qui est dans le deuil", explique à Youphil Simon Chorno, porte-parole de la Croix Rouge.

En octobre 2006, le président sri lankais accepte finalement la nomination d’une commission chargée de surveiller les violations des droits humains. Son rôle: enquêter sur 16 cas graves, parmi lesquels se trouve celui du meurtre des travailleurs d’Action contre la faim.
ACF accusée de négligence

Mais le mois dernier, coup de massue pour ACF. Selon la presse sri lankaise, la commission blanchit l’armée nationale et ne désigne aucun responsable du crime dans ses conclusions finales, non publiées intégralement.

Le rapport parle même de "négligence majeure" de la part d’Action contre la faim. Une accusation rejetée par l’organisation. "On nous dit que ces travailleurs auraient dû s’enfuir pour quitter les combats. Mais un massacre avait lieu dans la ville et dans ces cas-là, la procédure de toute organisation humanitaire est de rester sur son campement pour être bien identifiée", rétorque  Elise Rodriguez, responsable de la communication chez ACF.

Preuve que les travailleurs étaient bien identifiés : ils portaient des T-shirts de l’association lors de leur assassinat.
Recours au quai d'Orsay

Quant à la dernière commission, celle nommée par le président du Sri Lanka, elle a montré ses limites lorsque ses membres étrangers ont démissionné. "Ils n'avaient pas voix au chapitre", se rappelle Elise Rodriguez

Devant les conclusions de la commission présidentielle, l’ONG en appelle maintenant aux instances étrangères. « Nous avons épuisé les recours au Sri Lanka, constate Elise Rodriguez. A présent c’est à l’Union européenne et au ministère des Affaires étrangères français de se positionner ».

L’ONG se dit en contact très régulier avec le Quai d’Orsay. Mais la partie semble difficile: "pour qu'il y ait une enquête internationale, il faut que le Sri Lanka donne son accord, et ça ce n'est pas gagné", pointe Elise Rodriguez.

Pour identifier des responsables, deux autres procédures avaient été lancées. L’une menée auprès de la Magistrate Court, une instance sri lankaise, et une autre auprès de la Commission nationale des droits de l’homme du Sri Lanka. Mais ACF a dénoncé l'absence de protection des témoins, le manque de transparence et d’efficacité de ces deux enquêtes. Faute d'avancée, l'ONG a quitté le pays en mars 2008.


Article ajouté le 2009-08-08 , consulté 1 fois

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