Sri Lanka (LTTE)

Sri Lanka : des élections précipitées passées sous silence (le jeudi 6 août 2009)

Sri Lanka : des élections précipitées passées sous silence PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Clémentine Mercier   
Jeudi, 06 Août 2009 15:33
Ce samedi 8 août, les populations de Jaffna et Vavuniya sont invitées à se rendre aux urnes. Organiser des élections dans ces deux hauts lieux des Tigres tamouls était pour le gouvernement un moyen de montrer au monde entier que la paix était revenue au Sri Lanka. Raté...

Depuis des mois, les autorités Sri Lankaises l'annonçaient: elles tiendraient des élections libres et démocratiques, moins de trois mois après la fin de la guerre civile. Les journalistes étrangers seraient conviés pour témoigner des progrès faits dans les anciens fiefs des Tigres tamouls.

Pour ce vote, Colombo avait choisi deux villes symboles: Jaffna, surnommée la 'capitale historique des Tamouls', et Vavuniya, la commune au cœur de l'île, où sont placés les principaux camps de déplacés, abritant encore près de 300'000 personnes.

Mais à moins d'une semaine du scrutin, revirement total: aucun média étranger ne sera autorisé à mettre le pied dans l'une des deux villes clés. Seule explication du responsable presse de l'armée: «Le gouvernement en a décidé ainsi». Sous-entendu: les frères Rajapaksa, à la tête du pays – Mahinda, le président et Gotabhaya, son frère cadet, le Ministre de la défense - ont décidé qu'on ne parlerait pas de ce vote.
Des groupes paramilitaires

Il faut dire que ces élections - les premières depuis plus de dix ans dans cette région anciennement tenue par les Tigres Tamouls - ne s'annoncent pas comme le plébiscite espéré par Colombo. Du coup, le gouvernement chercherait à étouffer l'opposition: Pressions physiques, corruption, disparition de bulletins... Les accusations contre les candidats soutenus par le gouvernement sont nombreuses. «Ces jours cis, à Jaffna, on voit plein de gangs de jeunes en moto, et des groupes armés. Ils empêchent les autres partis politiques de faire campagne», raconte Veerasingham Anandasangaree, l'un des principaux candidats tamouls au poste de maire.

Parmi les dérives recensées, le parti politique soutenu par le gouvernement a affirmé que si les électeurs votaient pour lui, leurs proches seraient libérés des camps de déplacés. Construits à la hâte par l'armée dans les dernières semaines des combats, ils accueillent encore 300'000 réfugiés tamouls. Interdiction pour eux de sortir tant que l'armée soupçonnera des membres du LTTE de se cacher parmi les civils.

Cette annonce démagogique a donc provoqué un mouvement de foule: les gens se sont précipités au siège du parti pour retirer les documents où ils devaient inscrire le nom des personnes à libérer. Certains formulaires se sont même revendus au marché noir. «C'est triste de voir les politiciens manipuler le désespoir des gens...», commentait l'opposition tamoule.
Timing précipité

Surtout, beaucoup se posent la question de la pertinence d'élections organisées aussi rapidement: dans la seule ville de Jaffna, plus de 30% des habitants manqueraient à l'appel. Chaque famille s'est retrouvée séparée par la guerre. Les plus chanceux ont fui les combats et se sont réfugiés en Inde ou en Europe. Mais 45'000 d'entre eux se sont fait happer par l'avancée de la guerre et sont bloqués dans les fameux «camps de déplacés».

«Il n'y avait aucune raison pour que ce vote ait lieu maintenant, sinon pour plaire à la communauté internationale, explique Paikiasothy Saravanamuttu, le directeur du Centre d'Observation sur le violence électorale. Le gouvernement voulait absolument pouvoir répondre aux critiques en disant: 'Regardez, nous avons lancé un processus démocratique'. La réalité, c'est que les conditions de sécurité ne sont pas réunies pour des élections équitables.» D'ailleurs, les équipes de cet ONG indépendante n'ont pas obtenu l'autorisation de se rendre à Vavuniya, à proximité des camps, pour suivre le déroulement du scrutin.

Ces élections sont une «farce du gouvernement», estime Shiva Thambipillai du Forum Tamouls Suisse. «Tous les quatre ans, un nouveau président prend le pouvoir au Sri Lanka, et tous les quatre ans, c'est pareil: il place un ou deux tamouls comme ministres, histoire de faire croire qu'il veut aider la minorité ethnique. Mais la vie des tamouls ne s'améliore pas. Avec ce vote, ça va être la même chose: il ne va rien apporter au peuple tamoul.»
Dans une ambiance morose

A 'Little Jaffna', le quartier tamoul de Colombo, l'ambiance est morose. Le quartier est encadré de casernes et de check points, les patrouilles de militaires et policiers - kalachnikov en bandoulière - permanentes. Dans les hôtels bon marché, les candidats à l'exil attendent discrètement qu'une ambassade étrangère leur octroie un visa. Difficile de gagner leur confiance pour qu'ils témoignent: tout le monde a peur des rafles et des arrestations arbitraires.

«Au Sri Lanka, il n'y a pas de sécurité quand on est tamoul: au moindre soupçon qu'on pourrait avoir un lien avec les rebelles, les policiers ou les soldats peuvent nous arrêter, explique Jayampathi, un fonctionnaire à la retraite. Parfois, ils viennent et embarquent quelqu'un dans une camionnette et on reste sans nouvelles de lui pendant des mois.»

Jayampathi a quitté Jaffna il y a neuf mois, avec sa femme et ses deux enfants. Depuis, ils attendant dans une chambre sans fenêtres un hypothétique visa de l'Union Européenne pour que leur fils de 21 ans puisse partir en Grande-Bretagne. Malgré la fin de la guerre, c'est toujours en dehors du Sri Lanka, que ce tamoul voit l'avenir de ses enfants.

Clémentine Mercier, Jaffna, swissinfo.ch


Article ajouté le 2009-08-08 , consulté 1 fois

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